Fuites de données en France : le baromètre d'octobre 2026

30 fuites de données publiques en France en octobre 2026, dont 19 confirmées. Santé, secteur public et commerce en tête, prestataires en cause dans près d'un cas confirmé sur trois.

Constantin Boulanger Publié le Mis à jour le 8 min de lecture

Sommaire

En octobre 2026, au moins 30 fuites de données ou cyberattaques visant des organisations françaises ont été rendues publiques. 19 ont été confirmées par l'organisation concernée, 11 restent à ce stade des revendications de pirates. Santé et protection sociale, secteur public et commerce en ligne concentrent la majorité des cas. Près d'un incident confirmé sur trois est passé par un prestataire ou un outil tiers.

Ce baromètre recense les incidents publics du mois, à partir de la presse et des sites de veille spécialisés. Chaque ligne renvoie à sa source. Il ne prétend pas à l'exhaustivité : beaucoup de fuites ne sont jamais rendues publiques.

Comment lire ce baromètre

  • Date : date à laquelle l'incident a été rendu public, pas forcément celle de l'intrusion.
  • Confirmée : l'organisation a reconnu un incident, par communiqué ou par message aux personnes concernées. Elle ne confirme pas toujours le volume avancé par le pirate.
  • Revendiquée : un pirate affirme détenir des données, souvent avec un échantillon. L'organisation n'a pas confirmé publiquement au moment de la rédaction.
  • Volume : chiffre annoncé, par l'organisation ou par le pirate. Un nombre de lignes n'est pas un nombre de personnes : un même client peut apparaître plusieurs fois.

Les incidents d'octobre 2026

DateOrganisationSecteurStatutVolume annoncéSource
1er oct.Orkyn'Santé à domicileConfirméeEnviron 18 000 patientsCyberattaque.org
2 oct.LDLCCommerce en ligneConfirméeNon communiquéCyberattaque.org
3-5 oct.Région Hauts-de-France (prestataires Atexo et Docaposte)CollectivitéConfirmée545 000 personnes selon la Région ; plus de 700 000 selon une revendicationAFP via Techniques de l'Ingénieur
4 oct.Office français de la biodiversité (application Permis de chasser)Établissement publicConfirmée, volume non confirmé165 000 lignes revendiquéesCyberattaque.org
5 oct.Réussir.frPresse professionnelleRevendiquée3,2 millions d'enregistrementsCyberattaque.org
8 oct.AP-HP (logiciel de gestion des repas)SantéConfirmée1 015 patientsCyberattaque.org
8 oct.TrainMe (groupe Decathlon)SportConfirméeNon communiquéCyberattaque.org
8 oct.AssurimoAssuranceRevendiquée674 303 clientsCyberattaque.org
9 oct.Quick (programme de fidélité)RestaurationConfirméeNon communiquéCyberattaque.org
9 oct.VACAFAction socialeRevendiquée1,39 million de lignesCyberattaque.org
10-12 oct.InfogreffeService publicConfirmée (environnement en développement)3,7 millions de lignes revendiquéesCyberattaque.org
15 oct.Climb UpLoisirsConfirméeEnviron 151 000 profils revendiquésCyberattaque.org
17 oct.O'Tacos (prestataire)RestaurationConfirmée334 474 lignes revendiquéesCyberattaque.org
17 oct.Malakoff Humanis (prestataire IGA)Protection socialeConfirmée16 556 documents publiésCyberattaque.org
17 oct.Société Centrale CanineAssociationRevendiquée1,48 million de fichesCyberattaque.org
17 oct.Nomad EducationÉducationRevendiquée4,85 millions de comptesCyberattaque.org
17 oct.Inter-EtabÉducationRevendiquée286 773 dossiersCyberattaque.org
19 oct.I-CADFichier national d'identificationRevendiquée2,9 millions d'animauxCyberattaque.org
21 oct.King JouetCommerceConfirmée195 714 fichesCyberattaque.org
23 oct.Caisse des Dépôts (plateforme PEP's)Établissement publicAccès illégitimes confirmés, exfiltration non confirméeNon communiquéCyberattaque.org
24 oct.ENGIE (outil de partenaires commerciaux)ÉnergieConfirméeNon communiquéCyberattaque.org
24 oct.Parti communiste françaisParti politiqueConfirméePrès de 190 000 personnes revendiquéesCyberattaque.org
24 oct.ADMRAide à domicileRevendiquée4,5 millions de lignesCyberattaque.org
27 oct.La Mutuelle CommunaleMutuelleRevendiquéeEnviron 50 000 adhérents, 114 000 documentsCyberattaque.org
28 oct.CTS (transports de Strasbourg)Transport publicConfirmée230 000 comptes clientsCyberattaque.org
30 oct.Bourse DirectFinanceConfirmée800 comptesCyberattaque.org
30 oct.La Halle au SommeilCommerceConfirméeNon communiquéCyberattaque.org
31 oct.Autosur (société SECTA)AutomobileConfirmée (une cinquantaine de centres)798 502 enregistrements revendiquésCyberattaque.org
31 oct.Ma Déco de FêteCommerce en ligneRevendiquée45 156 enregistrements, 11 000 à 13 000 personnes selon les sourcesCyberattaque.org
31 oct.Pharmacie de la Cigogne (Strasbourg)SantéRevendiquée110 000 patientsCyberattaque.org

Les statuts sont ceux connus au 4 novembre 2026. Une revendication peut être confirmée ou démentie après la publication de ce baromètre.

Les tendances du mois

Les prestataires, point d'entrée récurrent

Sur les 19 incidents confirmés, 6 sont passés par un prestataire ou un outil tiers : les plateformes d'aides et de carte lycéenne de la Région Hauts-de-France, un logiciel de gestion des repas utilisé dans des hôpitaux de l'AP-HP, un prestataire d'analyse statistique pour TrainMe, un prestataire de gestion des adresses de livraison pour O'Tacos, le gestionnaire IGA pour Malakoff Humanis, et un outil commercial utilisé par des partenaires d'ENGIE.

Pour l'entreprise cliente, la conséquence est la même que si ses propres serveurs avaient été touchés : ce sont ses clients qui sont exposés, et c'est son nom qui figure dans la presse. Le cas des Hauts-de-France est détaillé dans notre article sur le risque des fuites chez un sous-traitant.

Santé, protection sociale et secteur public en tête

Six incidents concernent la santé, l'aide à domicile ou la protection sociale (Orkyn', AP-HP, Malakoff Humanis, ADMR, La Mutuelle Communale, Pharmacie de la Cigogne). Six autres touchent des collectivités, établissements publics ou services publics (Région Hauts-de-France, OFB, VACAF, Infogreffe, Caisse des Dépôts, CTS). Ces données sont parmi les plus sensibles : numéros de sécurité sociale, informations de santé, données d'enfants ou de familles allocataires selon les cas rapportés.

Le commerce de détail reste très exposé

Six enseignes de commerce et de restauration figurent dans la liste. Les données en jeu sont typiquement les noms, adresses, téléphones, emails et historiques de commandes. Ce sont exactement les informations qui rendent un faux mail crédible : « votre commande du 12 octobre », « votre remboursement ».

Des volumes revendiqués souvent plus élevés que les volumes confirmés

Plusieurs dossiers montrent un écart entre les chiffres. La Région Hauts-de-France compte 545 000 personnes concernées, quand une revendication en avance plus de 700 000. SECTA confirme un incident sur une cinquantaine de centres Autosur, sans reprendre les 798 502 enregistrements annoncés par le pirate. Les volumes revendiqués sont à lire comme des ordres de grandeur, pas comme des bilans.

Début novembre : ce qui arrive

Les premiers jours de novembre ont déjà apporté plusieurs incidents, qui figureront dans le prochain baromètre :

  • DEKRA-Norisko (contrôle technique) confirme un incident survenu le 20 octobre chez un sous-traitant, avec noms, emails et téléphones de clients (source).
  • Brico Dépôt : 57 109 factures de location de camions revendiquées par un pirate (source).
  • Office de tourisme de Strasbourg : cyberattaque de la nuit du 27 au 28 octobre, annoncée aux utilisateurs concernés (source).
  • AFIB : fichier de professionnels de la bancassurance diffusé, entre 3 600 et 3 848 fiches selon les sources, fuite revendiquée (source).

Et la partie email ?

Après chaque fuite, les organisations préviennent leurs clients du risque d'hameçonnage. Mais le faux mail le plus dangereux est celui qui utilise l'adresse exacte de l'entreprise. Un domaine bien configuré peut empêcher cette usurpation grâce à DMARC.

Nous avons vérifié la configuration DMARC de 32 organisations françaises touchées par une fuite entre septembre et début novembre, dont une partie de celles listées ici. Les résultats sont publiés de façon anonymisée dans notre étude : après une fuite, leurs clients peuvent-ils être piégés par mail ? Elle ne désigne aucune organisation mal protégée.

Si votre entreprise est touchée

  1. Suivez la procédure des premières heures : confinement, preuves, notification à la CNIL dans les 72 heures si la fuite présente un risque pour les personnes. Notre guide fuite de données : les 48 premières heures détaille l'ordre des actions.
  2. Prévenez vos clients du risque de faux messages, en précisant ce que vous ne leur demanderez jamais par email.
  3. Vérifiez votre domaine : SPF, DKIM et DMARC avec notre outil de sécurité email. Un DMARC en p=none ne bloque pas l'usurpation.
  4. Interrogez vos prestataires : quelles données détiennent-ils, et comment vous préviendront-ils en cas d'incident ?

Domains Defender ne surveille pas les fuites de données. Il surveille la configuration DNS et email de vos domaines (SPF, DKIM, DMARC, DNSSEC, verrou de transfert) et vous alerte si elle se dégrade ou si un enregistrement change. Vous pouvez lancer un audit gratuit de votre domaine.

Questions fréquentes

Comment savoir si mes données font partie d'une fuite ?

L'organisation concernée doit prévenir les personnes dont les données présentent un risque élevé. Surveillez vos emails et courriers, et consultez les communiqués de l'entreprise. Ne téléchargez jamais une base piratée pour vérifier : c'est illégal et souvent piégé.

Quelle différence entre une fuite confirmée et une fuite revendiquée ?

Une fuite confirmée a été reconnue par l'organisation. Une fuite revendiquée repose sur les affirmations d'un pirate, parfois avec un échantillon. Certaines revendications sont exagérées, d'autres recyclent d'anciennes données. Elles restent à prendre au sérieux tant qu'elles ne sont pas démenties.

Que faire si je reçois un mail après une fuite ?

Ne cliquez sur aucun lien et ne répondez pas. Connectez-vous à votre compte en tapant vous-même l'adresse du site, ou appelez le service client à un numéro connu. Les messages qui promettent un remboursement ou réclament une vérification de carte bancaire sont les plus fréquents après une fuite.

Pourquoi tant de fuites passent par des prestataires ?

Les entreprises confient leurs données clients à de nombreux outils : CRM, emailing, gestion des rendez-vous, programmes de fidélité, analyse statistique. Chaque prestataire est un point d'entrée possible, souvent moins surveillé que le système principal.

Prochain baromètre début décembre, avec les incidents de novembre 2026.

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